Le mot Macaroni semble aujourd’hui anodin, presque enfantin. Pourtant, derrière ce terme se cache une épopée millénaire qui relie le désert d’Afrique du Nord, les palais arabes de Sicile, les ruelles de Naples et, plus tard, les blessures de l’immigration italienne en France. L’histoire d’un simple aliment devient alors le miroir d’une civilisation entière.
Contrairement au mythe tenace de Marco Polo, les pâtes sèches apparaissent en Sicile dès le XIIe siècle, documentées par le géographe Al-Idrisi. Leur forme creuse permettait un séchage rapide sous le soleil méditerranéen. L’étymologie du mot maccheroni pourrait même plonger ses racines dans la langue des Amazighs, les « hommes libres » de la Tamazgha, où un terme proche désignait une « pâte dure ».
Au XVe siècle, cette technologie migre à Naples. Grâce aux presses en bronze, les Napolitains produisent des pâtes en quantité, suspendues pour sécher dans les ruelles. Au XVIIIe siècle, les maccaronari nourrissent le peuple avec les premiers macaroni à la tomate. Le plat devient un symbole populaire du Sud italien.
Mais l’histoire prend un tournant douloureux au XIXe siècle. Lors des grandes migrations italiennes vers la France, le mot « Macaroni » devient une insulte xénophobe, utilisée pour rabaisser les travailleurs venus du Mezzogiorno. Plus tard, le terme « Rital » prendra le relais. La nourriture devient alors un marqueur social, un outil de rejet.
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Aujourd’hui, cuisiner les Maccheroni, c’est rendre hommage aux Amazighs, aux Siciliens, aux Napolitains et aux immigrés italiens qui ont porté ce plat comme un étendard de dignité. C’est mettre dans l’assiette une histoire de liberté, de migration et de résilience.
L’histoire du Macaroni : des Amazighs à l’insulte anti-italienne en France
Quand nous plongeons nos fourchettes dans un plat de pâtes, nous oublions trop souvent que l’art culinaire est le miroir direct de l’histoire des civilisations et des mouvements de la société. Prenez le mot Macaroni (Maccheroni). Aujourd’hui banal, presque enfantin, ce terme cache en réalité une épopée millénaire qui relie le désert d’Afrique du Nord, les palais arabes de Sicile, l’effervescence de Naples et… le racisme anti-italien en France.
Décoiffant ? Voyageons un peu.
Du Désert Amazigh aux Ruelles de Naples
Contrairement à la célèbre légende urbaine, ce n’est pas Marco Polo qui a rapporté les pâtes de Chine au XIIIe siècle. L’histoire des pâtes sèches et creuses remonte à la domination arabe en Sicile (dès le XIIe siècle, documentée par le géographe Al-Idrisi). Ces pâtes étaient percées en leur centre pour une raison purement technique : sécher plus rapidement sous le soleil méditerranéen.
Mais d’où vient le mot ? L’une des thèses linguistiques les plus fascinantes fait dériver Maccheroni du dialecte italien macarone (« pâte fine »), mais trouve surtout sa racine potentielle dans la langue des Amazighs (le mot berbère macarone signifiant « pâte dure »).
Qui sont les Amazighs ? Signifiant littéralement « hommes libres » en langue tamazight, ils sont les habitants originels de l’Afrique du Nord (la Tamazgha). Des puissants guerriers du roi Numide Massinissa aux cavaliers de Tarik ibn Ziyad traversant Gibraltar, ce peuple de tradition orale a profondément marqué l’identité méditerranéenne.
Au XVe siècle, cette technologie de la pâte sèche migre à Naples. Grâce à l’invention de l’extrusion via des presses en bronze, les Napolitains se mettent à produire des formes variées à grande échelle, suspendues pour sécher directement dans les ruelles. Au XVIIIe siècle, les vendeurs ambulants (les maccaronari) nourrissent le peuple en pleine rue, désormais accompagnés d’une nouveauté : la sauce tomate. Le macaroni devient le symbole culturel et populaire du Sud.
Quand le Macaroni devient le Rejet du « Rital » en France
L’histoire d’un aliment ne s’arrête pas à sa recette ; elle s’inscrit aussi dans l’histoire parfois douloureuse de l’immigration. Lors des grandes vagues migratoires des XIXe et XXe siècles, des milliers d’Italiens (notamment du Mezzogiorno) s’installent en France pour travailler dans les mines, les usines ou les champs.
Face à cette nouvelle main-d’œuvre, le racisme local s’empare de leur habitude alimentaire pour la transformer en stigmatisation. Le mot « Macaroni » devient alors, dans la bouche des Français, une injure xénophobe violente, un terme de rejet visant à rabaisser le travailleur italien, avant que le mot « Rital » ne prenne le relais. Manger des pâtes n’était plus un plaisir, c’était le marqueur de l’étranger que l’on voulait exclure.
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Aujourd’hui, cuisiner les Maccheroni, c’est rendre hommage à ces « hommes libres » berbères et à la résilience de nos grands-parents italiens. C’est mettre de l’histoire, de la dignité et de la mémoire dans l’assiette.




